Dis-moi ce que tu manges et je te dirai si tu me plais

© Zoé Labatut

À chaque centre d’intérêt son site de rencontre ? Possible. Après les sites réservés aux célibataires aisés ou aux amoureux des animaux, certaines plateformes permettent désormais de chercher un partenaire qui partage son régime alimentaire. Hyperspécialisés, ces sites appartiennent à la nouvelle vague des sites de rencontre qui ciblent des profils toujours plus précis. A l’étranger, il en existe même certains dédiés aux amateurs de sauces piquantes.

Dernier né du secteur en France, Glut’aime propose aux intolérants au gluten de trouver l’amour. À l’origine de l’idée, un constat : pizzas et bières étant à proscrire, les personnes cœliaques (intolérantes au gluten, ndlr) appréhendent souvent les premiers rendez-vous et ont peur de paraître difficiles. « Il faut tout de suite parler de son intolérance, ce n’est pas évident. À long terme, partager le même régime alimentaire facilite le quotidien d’un couple, c’est un critère important pour certains célibataires », explique la fondatrice de Glut’aime.

Loin de réunir les 25 000 membres que compte son homologue américain Gluten Free Singles, le site francophone, lancé fin février, dénombre environ 220 membres. Anecdotique? « Non, estime Gérard Neyrand, sociologue spécialiste des relations privées. Par rapport au nombre de personnes intolérantes au gluten en France (500 000, ndlr), le nombre d’inscrits est plutôt important. » Et ce n’est qu’un début, annonce la créatrice du site : « Bientôt, on organisera des diners sans gluten pour nos membres. », et pourquoi pas avec La Belle Assiette, qui propose aujourd’hui une centaine de menus sans gluten.

L’ère du bien-manger

Multiplication des émissions culinaires, explosion des ventes des ustensiles de cuisine, médiatisation des chefs cuisiniers : le bien-manger est, plus que jamais, dans l’ère du temps. Les amateurs de bon vin aussi disposent d’un site pour rencontrer l’âme sœur : VineaLove, créé en 2013, regroupe 2500 célibataires. Des soirées de dégustation sont organisées régulièrement dans les grandes villes de France, ainsi qu’à l’étranger. « Elles permettent de sociabiliser autour du goût, il y a une vraie convivialité et les membres créent facilement des liens autour de leur passion. D’ailleurs, plusieurs couples sont nés au cours de ces événements. », se réjouit Françoise Pauly, professionnelle du vin à l’origine du concept.

Surfant sur la tendance, Attractive World et Meetic ont mis en place des ateliers  de cuisine pour leurs membres. « Les participants sont de plus en plus nombreux et on organise de plus en plus de cours et de dégustations de pâtisserie, de vin ou de fromage. » rapporte Fanny Dhyser, responsable des relations presse chez Meetic. Selon elle, le bénéfice de ces afterwork est double : « Les célibataires rencontrent quelqu’un qui a le même centre d’intérêt qu’eux et apprennent à cuisiner de bons plats pour pouvoir ensuite l’inviter à diner. »

Partager un bon moment et faire plaisir à l’autre, l’idée est assez simple finalement. « Aujourd’hui, notre société promeut l’épanouissement des individus, analyse Gérard Neyrand qui voit dans ce phénomène le symptôme d’une époque hédoniste. Le renouveau de l’attrait pour le bien manger participe de la valorisation du plaisir, tout en répondant à une volonté de bien-être chez les individus. »

L’homogamie à son paroxysme

L’homogamie – le fait de se mettre en couple avec quelqu’un qui nous ressemble – a toujours existé. Pour le sociologue, en revanche, jamais auparavant les célibataires n’ont eu des critères de sélection de leur partenaire aussi pointus. Exit les critères sociaux traditionnels ; sur ces sites, on cherche désormais à rencontrer quelqu’un qui nous ressemble jusque dans l’assiette. « Le régime alimentaire sous-tend un positionnement culturel fort. Si on ne mange pas de viande, cela va au-delà d’une préférence gustative.». Nos habitudes alimentaires en disent long sur notre philosophie de vie: « Sur ces sites, on cherche donc quelqu’un qui partage les mêmes valeurs éthiques que nous. ».

Gérard Neyrand émet, malgré tout, une réserve. À fréquenter des sites de rencontre si spécialisés, les célibataires pourraient être tentés de se refermer sur un groupe d’individus très restreint. Le risque reste cependant minime selon lui: « Après tout, on ne tombe pas amoureux de quelqu’un uniquement parce qu’on mange la même chose que lui. ».

Illustration : Zoé Labatut 

(publié sur le site du magazine Mint)

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